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Chansons arméniennes anciennes : Yarkhushta, Zartir Lao

Lilit Hakobyan ·
Les mots « Old Armenian Songs » et « Հին հայկական երգեր », accompagnés de Յարխուշտա, Զարթիր լաո, Կռունկ et Դլե յաման, sur un fond rouge grenade orné d'une étoile arménienne à huit branches

Les chansons arméniennes anciennes comptent parmi les plus vieux témoignages vivants de la langue arménienne. On y trouve des danses guerrières rythmées par les claquements de mains dans les montagnes de Sassoun, des berceuses et des complaintes emportées aux quatre coins du monde par les exilés, et des airs de village que le prêtre-compositeur Komitas a notés avant qu'ils ne disparaissent. Ce guide présente les plus célèbres de ces chants traditionnels arméniens : Yarkhushta, Zartir Lao, Krunk, Dle Yaman, Hov Arek et bien d'autres. Pour chaque chanson, tu trouveras le titre en arménien, sa signification, son origine, l'histoire qui l'entoure, les mots qu'elle peut t'apprendre et deux enregistrements à écouter directement sur cette page, des enregistrements réalisés par Komitas à Paris en 1912 jusqu'aux chœurs et ensembles de danse d'aujourd'hui.

Si tu apprends l'arménien, ces chansons sont l'un des moyens les plus agréables d'enrichir ton vocabulaire et d'entraîner ton oreille. On t'explique comment à la fin de l'article.

Sommaire

Les chansons arméniennes anciennes en bref

ChansonEn arménienSignificationOrigineGenre
YarkhushtaՅարխուշտա(voir plus bas)Sassoun, MouchDanse guerrière
Zartir LaoԶարթի՛ր, լաոRéveille-toi, mon filsAnnées 1890, achough FahratChant patriotique
KrunkԿռունկLa grueÉpoque médiévale, arr. KomitasChant d'exil
Dle YamanԴլե յաման(sens discuté)Vaspourakan, arr. KomitasComplainte amoureuse
Hov ArekՀով արեքEnvoyez une brisePopulaire, arr. KomitasComplainte
AntuniԱնտունիLe sans-foyerRégion de Van, KomitasChant d'exil
Garun aԳարուն աC'est le printempsPopulaire, arr. KomitasChanson d'amour
Chinar EsՉինար եսTu es un platanePopulaire, arr. KomitasChanson d'amour
Sareri Hovin MernemՍարերի հովին մեռնեմJe mourrais pour la brise des montagnesPopulaireChanson d'amour
Lorva HorovelԼոռվա հորովելHorovel du LoriLori, arr. KomitasChant de labour
Mokats MirzaՄոկաց ՄիրզաMirza de MoksÉpoque médiévale, MoksBallade épique
Ashkharums Akh Chim KashiԱշխարհումս ախ չիմ քաշի(Sayat-Nova)Tiflis, XVIIIe siècleChant de troubadour
OrorՕրորBerceuseXXe siècle, B. KanachyanBerceuse

Komitas : l'homme qui a sauvé la musique folklorique arménienne

Impossible de parler des chansons arméniennes anciennes sans évoquer Komitas (Կոմիտաս, ko-mi-tas). Né Soghomon Soghomonyan en 1869 à Kütahya, dans l'Empire ottoman, il prend le nom de Komitas lorsqu'il est ordonné moine, en 1894. Il étudie ensuite la musique à Berlin, de 1896 à 1899.

Komitas va de village en village pour noter des chansons qui ne s'étaient jamais transmises qu'oralement. On lui attribue la collecte de plus de 3 000 chansons populaires. Une grande partie de ce travail a ensuite été perdue, et environ 1 200 de ses transcriptions nous sont parvenues. En 1903, il publie avec le linguiste Manuk Abeghyan Hazar u mi khagh (« Mille et une chansons »). En 1912, à Paris, il réalise des enregistrements sur gramophone : il y chante lui-même et accompagne au piano le ténor Armenak Shahmuradyan. Plusieurs de ces enregistrements sont intégrés plus bas, pour que tu puisses entendre ces chansons telles qu'elles sonnaient il y a plus d'un siècle.

Le 24 avril 1915, Komitas est arrêté à Constantinople avec d'autres intellectuels arméniens, puis déporté. Il est autorisé à revenir, mais il ne se remettra jamais de ce dont il a été témoin. Il passe ses deux dernières décennies dans des cliniques psychiatriques et meurt en 1935 dans une clinique de Villejuif, près de Paris. Ses cendres reposent au Panthéon Komitas, à Erevan.

Aujourd'hui, il est honoré par le Musée-Institut Komitas d'Erevan, ouvert en 2015. En 2023, l'UNESCO a inscrit l'ensemble de ses œuvres au registre Mémoire du monde.

1. Yarkhushta : la danse guerrière de Sassoun aux claquements de mains

Յարխուշտա (yar-khush-ta) est sans doute la pièce la plus électrisante du patrimoine populaire arménien qu'il soit donné de voir. À proprement parler, il s'agit d'une danse guerrière plutôt que d'une chanson. Elle vient de Sassoun, la région montagneuse célèbre pour être le berceau de l'épopée David de Sassoun, et on la dansait aussi dans toute la région de Mouch.

Comment se danse Yarkhushta

Dans sa forme traditionnelle, Yarkhushta est dansé par des hommes, et le nombre de danseurs doit être pair. Ils se répartissent en deux groupes face à face : un camp attaque, l'autre se défend. Les lignes s'élancent l'une vers l'autre et les partenaires frappent leurs paumes l'une contre l'autre au-dessus de leur tête, imitant le choc des armes. Dans certaines versions, les danseurs mettent aussi un genou à terre. La formation passe sans cesse du cercle aux deux lignes. La musique, à 2/4, démarre sur un tempo modéré puis ne cesse d'accélérer. On la joue traditionnellement à pleine puissance, au dhol (tambour) et à la zurna (un hautbois à anche double).

Yarkhushta appartient à la famille des « danses à claquements de mains » arméniennes (ծափ-պարեր, tsap'-pa-rer) et connaît plusieurs variantes régionales. Dans le Yarkhushta Tak (ou Kharzani), un camp frappe d'une seule main pendant que l'autre « pare ». Dans le Yarkhushta Slivani, les deux camps frappent des deux mains à la fois. Des récits anciens décrivent des danseurs qui frappaient des mains si fort qu'ils en saignaient. Il existait aussi autrefois un court chant crié (noté «Թոզըլբանո», t'o-zəl-ba-no), probablement un cri de guerre ; personne ne sait ce qu'il signifie. Les versions scéniques modernes sont généralement instrumentales, ponctuées de cris.

Que signifie « Yarkhushta » ?

Personne ne le sait avec certitude. Une explication courante associe le persan yar (« ami, compagnon ») à khisht, une courte lance, ce qui donnerait à peu près « compagnon de l'arme » ou « compagnon d'armes ». Les spécialistes y voient une hypothèse parmi d'autres. La syllabe յար (yar) te semblera pourtant familière : dans les chansons populaires arméniennes, c'est le mot de tous les jours pour dire « bien-aimé(e) », et tu le croiseras dans presque toutes les chansons d'amour présentées plus bas.

Yarkhushta aujourd'hui

Les premiers historiens arméniens évoquaient des danses guerrières exécutées avant la bataille pour galvaniser les combattants, et Yarkhushta est l'un des exemples vivants les plus connus de cette tradition. La chorégraphe Srbuhi Lisitsian l'a mis en scène dans les années 1930, après que des villageois des environs de Talin le lui ont montré. On le danse encore dans les villages autour de Talin et d'Aparan, où se sont installées des familles originaires de Sassoun. Des ensembles comme Maratuk et Karin l'ont ensuite fait revivre, et un long métrage de 2004 porte son nom.

Yarkhushta figure sur la liste nationale du patrimoine culturel immatériel de l'Arménie. On le confond souvent avec le Kochari, une autre danse collective arménienne, qui, elle, est inscrite sur la liste de l'UNESCO (depuis 2017).

Le savais-tu ? Depuis mars 2026, Yarkhushta est l'hymne officiel de l'équipe nationale de football d'Arménie. C'est la Fédération de football d'Arménie qui l'a annoncé, et il est interprété par l'Orchestre symphonique d'État d'Arménie.

Regarder Yarkhushta

Yarkhushta, par l'Ensemble de danse d'État d'Arménie

Yarkhushta, par le groupe de danse et de chant populaires Karin

Mots à retenir : պար (par) : danse · ծափ (tsap') : claquement de mains · դհոլ (dhol) : tambour · զուռնա (zurr-na) : zurna · յար (yar) : bien-aimé(e)

2. Zartir Lao : « Réveille-toi, mon fils »

«Զարթի՛ր, լաո» (zar-t'ir, la-o) est un chant patriotique vibrant. Beaucoup le prennent pour une chanson populaire ancienne et anonyme, mais il date des années 1890 et il est attribué à l'achough (ménestrel populaire) Fahrat. Il célèbre Arabo, un combattant qui défendit les Arméniens dans la région de Mouch et de Sassoun et fut tué avec sa troupe dans les années 1890. Le chant a circulé sous plusieurs titres (« Chant d'Arabo », « Chant du brave Arabo », « Chant de l'homme de Mouch ») avant qu'un recueil de chansons publié à Tiflis en 1907 ne l'imprime sous le titre Zartir Lao.

Zartir Lao : traduction et signification

  • Զարթի՛ր (zar-t'ir) : « Réveille-toi ! » C'est une forme d'impératif ancienne et littéraire. Dans l'arménien oriental de tous les jours, on dirait Արթնացի՛ր (art'-na-tsir).
  • լաո (la-o) : un mot dialectal pour s'adresser à son enfant, en particulier à un fils, employé à Mouch, à Sassoun, à Van et dans le Chirak. Il est emprunté au kurde lawo, « garçon ». En arménien standard, on dirait տղա՛ս (tgha-s), « mon garçon ».

Le titre signifie donc « Réveille-toi, mon fils ! ». Le chant fonctionne comme une berceuse à l'envers : au lieu d'endormir son enfant, une mère le réveille. Couplet après couplet, elle lui raconte les souffrances de Mouch : les soldats ont encerclé la ville, et les pauvres gens de Mouch meurent loin de chez eux, sans avoir fini de payer leurs dettes. Elle pleure Arabo, dont la mort a laissé les espoirs du peuple « au berceau », et chaque couplet revient au même refrain : réveille-toi, mon fils, je donnerais ma vie pour toi.

Musicalement, le chant est simple et régulier, plus proche d'une marche ou d'un appel aux armes que d'une véritable berceuse. C'est en partie pour cela qu'il est si facile à chanter.

Les premiers vers

Voici le premier couplet tel qu'il figure dans un recueil de chansons arméniennes moderne :

Խուժան ազգեր զորք ժողովել,
Եկել Մշո բերդն են պատել։
Սուլթան կուզե ջնջել մեզի.
Զարթի՛ր, լաո, մեռնիմ քեզի։

Khu-zhan az-ger zork' zho-gho-vel, / ye-kel msho berdn en pa-tel. / Sul-tan ku-ze jnjel me-zi, / zar-t'ir la-o, mer-nim k'e-zi.

« Des hordes hostiles ont levé une armée, / elles sont venues assiéger la forteresse de Mouch. / Le sultan veut nous anéantir. / Réveille-toi, mon fils, je donnerais ma vie pour toi. »

Les versions plus anciennes diffèrent sur quelques détails. Certaines disent que l'ennemi a encerclé la plaine (դաշտ) de Mouch plutôt que la forteresse (բերդ).

Dialecte et arménien standard dans Zartir Lao

Ce seul couplet est une mini-leçon sur ce qui distingue l'arménien régional de la langue standard :

Dans la chansonArménien oriental standardSens
մեռնիմմեռնեմque je meure (pour toi)
քեզիքեզ(à) toi
մեզիմեզ(à) nous
կուզեուզում էveut
ՄշոՄուշիde Mouch
լաոտղասmon fils

« Je mourrais pour toi » (մեռնեմ քեզ) n'a rien de morbide en arménien. C'est l'une des marques d'affection les plus tendres de la langue, et tu entendras chaque jour les grands-parents employer sa cousine ցավդ տանեմ (tsavd ta-nem, « que je prenne ta douleur »). Parmi les enregistrements les plus connus figurent ceux de Hovhannes Badalyan, de Ruben Matevosyan, de Nune Yesayan et de l'Orchestre symphonique et chœur KOHAR. Le chant apparaît aussi dans Triangle, le film de Henrik Malyan sorti en 1967.

Le savais-tu ? Le chant a voyagé bien au-delà de l'Arménie. En 1979, le chanteur grec Vasilis Papakonstantinou en a enregistré une version grecque, «Ξύπνα λαέ», sur son album Armenia.

Écouter Zartir Lao

Zartir Lao, Orchestre symphonique et chœur KOHAR (en concert à Beyrouth)

Zartir Lao, chanté par Ruben Matevosyan

3. Krunk : « La grue »

«Կռունկ» (krrunk) est peut-être le chant d'exil le plus aimé des Arméniens. Un auteur inconnu l'a écrit à la fin du Moyen Âge. Ses paroles nous sont parvenues dans des recueils manuscrits de chansons du XVIIe siècle ; la plus ancienne copie connue date de 1679, et il a été imprimé pour la première fois à Venise en 1847. Sa mélodie libre, aux allures d'improvisation, appartient au genre de la chanson profane médiévale appelé tagh. La version que la plupart des gens connaissent est l'arrangement de Komitas.

Dans la chanson, un errant loin de chez lui (un pandukht, «պանդուխտ») voit passer une grue et la supplie de lui donner des nouvelles du pays :

Կռո՛ւնկ, ուստի՞ կուգաս, ծառա եմ ձայնիդ,
Կռո՛ւնկ, մեր աշխարհեն խապրիկ մը չունի՞ս։

Krrunk, us-ti ku-gas, tsa-ra em dzay-nid, / krrunk, mer ash-khar-hen khap-rik mə chu-nis?

« Grue, d'où viens-tu ? Je suis le serviteur de ta voix. / Grue, n'as-tu pas de nouvelles de notre pays ? »

Au fil de la chanson, l'exilé confie à la grue qu'il a laissé derrière lui ses terres et sa vigne. L'automne arrive, la grue rassemble sa volée et s'envole, et sa question reste sans réponse. La grue est depuis devenue un symbole de la diaspora arménienne.

Remarque les traits de l'arménien occidental : կուգաս (ku-gas, « tu viens ») au lieu de l'oriental գալիս ես, et l'article մը (mə, « un »). Krunk a été arrangé pour voix et piano, pour chœur, pour violon et pour violoncelle, et son interprétation est souvent considérée comme une épreuve révélatrice du talent d'un chanteur arménien. Parmi les enregistrements modernes figure l'album Gomidas Songs d'Isabel Bayrakdarian, nommé aux Grammy Awards, et le violoniste Maxim Vengerov l'a joué en 2015 lors d'un concert commémorant le centenaire du génocide arménien.

Le savais-tu ? Le compositeur Edgar Hovhannisyan a intégré Krunk à son ballet Antuni, créé en 1969.

Écouter Krunk

Krunk, chanté par Armenak Shahmuradyan (enregistrement de Paris, 1912)

Krunk (Groong), chanté par Isabel Bayrakdarian

Mots à retenir : կռունկ (krrunk) : grue · ձայն (dzayn) : voix · աշխարհ (ash-kharh) : monde, pays natal · պանդուխտ (pan-dukht) : exilé, errant

Astuce prononciation : le ռ de կռունկ est le R fortement roulé de l'arménien, à ne pas confondre avec le ր, un R battu plus léger. Chanter avec la mélodie est un excellent moyen de t'y entraîner. Notre guide de prononciation de l'arménien explique la différence.

4. Dle Yaman

«Դլե յաման» (dle ya-man) est l'une des chansons les plus tristes et les plus enregistrées du répertoire arménien. Elle vient de la région du Vaspourakan, autour du lac de Van. Komitas l'a notée auprès de chanteurs de village et l'a arrangée pour voix et piano, et on lui en attribue souvent la composition, à tort. Selon une tradition, l'original serait l'œuvre d'une villageoise aveugle.

La chanson raconte un amour secret entre voisins : « notre maison et la vôtre se font face », et tous deux s'aimaient sans que personne le sache. Le soleil frappe le mont Massis (l'Ararat), et le chanteur reste à languir après l'être aimé. Chaque vers est encadré par la plainte vay, dle yaman… yaman, yaman. Comme l'arménien ne connaît pas le genre grammatical, la chanson convient aussi bien à un homme qu'à une femme.

Même le sens du titre fait débat : on le traduit souvent par « hélas, hélas », tandis qu'une autre lecture le fait venir de mots kurdes signifiant « mon cœur qui souffre ». Après 1915, la chanson d'amour a pris un second sens. Beaucoup d'auditeurs y ont entendu le deuil d'un être cher tué, et elle est aujourd'hui étroitement liée à la commémoration du génocide arménien, le 24 avril.

La version instrumentale du maître du doudouk Djivan Gasparyan, parue pour la première fois en 1983, l'a fait connaître dans le monde entier. Elle a aussi été enregistrée par la soprano Isabel Bayrakdarian, Lusine Zakaryan et bien d'autres. Les chanteurs français Hélène Ségara et Patrick Fiori l'ont eux aussi enregistrée. C'est également le thème principal de Mayrig, le film d'Henri Verneuil sorti en 1991.

Le savais-tu ? En 2025, Albert Armenakyan, un chanteur d'Erevan âgé de 11 ans, a interprété Dle Yaman lors de son audition à l'aveugle dans The Voice Kids, en France. Il a ensuite représenté l'Arménie au Concours Eurovision de la chanson junior 2025, où il a terminé quatrième.

Écouter Dle Yaman

Dle Yaman, Djivan Gasparyan (doudouk)

Dle Yaman (arrangement de Komitas), le ténor Liparit Avetisyan au Musée-Institut Komitas

Mots à retenir : սիրտ (sirt) : cœur · յար (yar) : bien-aimé(e) · կրակ (krak) : feu · ծով (tsov) : mer · տուն (tun) : maison

5. Hov Arek : « Envoyez une brise, chères montagnes »

«Հով արեք» (hov a-rek') est une complainte villageoise lente et poignante, traditionnellement chantée par une voix d'homme seule. Elle ouvre Hazar u mi khagh, le recueil publié en 1903 par Komitas et Manuk Abeghyan. Les éditeurs ont construit le texte de chaque chanson à partir des quatrains que chantaient les villageois, et celui-ci a été assemblé à partir de plusieurs couplets qui se chantaient à l'origine séparément. Le chanteur supplie les montagnes de rafraîchir et d'apaiser sa peine :

Հո՛վ արեք, սարե՜ր ջան, հո՛վ արեք,
Իմ դարդին դարման արեք։

Hov a-rek', sa-rer jan, hov a-rek', / im dar-din dar-man a-rek'.

« Envoyez une brise, chères montagnes, envoyez une brise, / apportez un remède à ma peine. »

Les montagnes ne répondent pas ; il se tourne alors vers les nuages et leur demande un déluge de pluie. Dans le dernier couplet, il appelle les montagnes, les vallées, les champs et les sources à se lever pour voir la douleur de son cœur.

Le point grammaire : արեք (a-rek') est un impératif pluriel (« faites ! »), puisqu'il s'adresse à plusieurs montagnes à la fois. Quant à ջան (jan), « cher », c'est un mot que tu utiliseras sans arrêt : Անի ջան, մամ ջան, ընկեր ջան.

Hors d'Arménie, Hov Arek est devenu célèbre comme premier mouvement des Armenian Dances, Part II du compositeur américain Alfred Reed, un grand classique du répertoire des orchestres d'harmonie. Les enregistrements modernes vont des chœurs à l'ensemble de musique ancienne de Jordi Savall, en passant par le Gurdjieff Ensemble.

Le savais-tu ? Hov Arek est l'une des très rares chansons que tu peux entendre chantées par Komitas lui-même, dans ses enregistrements parisiens de 1912. C'est le premier lecteur ci-dessous.

Écouter Hov Arek

Hov Arek Sarer, chanté par Komitas (enregistrement de Paris, 1912)

Hov Arek, Sarer Jan, Chœur de chambre d'État d'Erevan

Mots à retenir : սար (sar) : montagne · հով (hov) : brise fraîche · դարդ (dard) : peine, chagrin · դարման (dar-man) : remède · ամպ (amp) : nuage · ջան (jan) : cher, chère

6. Antuni : « Sans foyer »

«Անտունի» (an-tu-ni) est le monologue d'un exilé sans foyer. Le mot lui-même illustre une construction utile : ան- (« sans ») + տուն (tun, « maison »). Le texte a été noté pour la première fois en 1876, comme chanson de la région de Rshtunik, près de Van. Komitas l'a édité pour Hazar u mi khagh et a publié sa version pour voix et piano à Paris en 1907.

Սիրտս նման է էն փլած տներ,
Կոտրեր գերաններ, խախտեր է սներ։

Sirts nman e en p'lats tner, / kot-rer ge-ran-ner, khakh-ter e sner.

« Mon cœur est comme ces maisons en ruine, / aux poutres brisées, aux piliers effondrés. »

L'image s'assombrit encore : les oiseaux sauvages feront leur nid dans les ruines de son cœur, et il voudrait se jeter dans la rivière pour servir de nourriture aux poissons. L'Encyclopédie soviétique arménienne qualifie la mise en musique de Komitas de « chant-monologue tragique, d'une grande tension dramatique ».

Antuni est aussi le nom de tout un genre de chanson populaire arménienne ancienne : des complaintes ornementées, aux allures d'improvisation, sur la vie en exil, nées de la poésie médiévale et que seuls les chanteurs les plus accomplis interprétaient.

Le point grammaire : սիրտս (sirts) signifie « mon cœur ». L'arménien peut exprimer « mon » avec le suffixe -ս au lieu d'un mot séparé : de la même façon, տունս signifie « ma maison ».

Une citation très répandue prête au compositeur français Claude Debussy ces mots : si Komitas n'avait écrit qu'Antuni, cela aurait suffi à le placer parmi les grands compositeurs.

Le savais-tu ? Le ballet Antuni (1969) d'Edgar Hovhannisyan tire son nom de cette chanson et repose sur des mélodies populaires arrangées par Komitas.

Écouter Antuni

Antuni, chanté par Armenak Shahmuradyan (enregistrement de Paris, 1912)

Antuni, Ruzan Mantashyan (soprano) et Kirill Gerstein (piano)

7. Garun a : « C'est le printemps »

«Գարուն ա» (ga-run a) s'ouvre sur une image de neige printanière : Garun a, dzun a arel, « C'est le printemps, et pourtant il a neigé ». Cette neige inattendue fait écho au chagrin d'amour de la chanteuse, car l'être aimé s'est refroidi :

Գարուն ա, ձուն ա արել…
Իմ յարն ինձնից ա սառել։

Ga-run a, dzun a a-rel… / im yarn indz-nits a sa-rrel.

« C'est le printemps, et il a neigé… / mon amour s'est refroidi envers moi. »

Chaque vers reçoit pour réponse le refrain soupirant vay le le. La chanteuse accuse les ragots (« que la langue des méchants se dessèche »), sent le vent froid la brûler de l'intérieur et pleure son bien-aimé, parti en emportant son amour.

C'est une très belle chanson pour les apprenants, car elle est en arménien oriental familier. ա (a) est la forme parlée de է (e, « est ») : Գարուն ա, c'est donc ce qu'on dit vraiment dans la vie courante, alors qu'un manuel écrirait Գարուն է.

Garun a figurait déjà aux programmes de concert de Komitas en 1903. Ses paroles ont paru dans Hazar u mi khagh, et son arrangement a été publié à Leipzig en 1912. Parmi les enregistrements modernes figurent Gomidas Songs d'Isabel Bayrakdarian et l'album Hayren de l'altiste Kim Kashkashian.

Le savais-tu ? Un film de 1969 consacré à Komitas tire son titre du premier vers de cette chanson, «Գարուն ա, ձուն ա արել».

Écouter Garun a

Garun a, chanté par Armenak Shahmuradyan (enregistrement de Paris, 1912)

Garun a, Chœur de chambre Hover

Mots à retenir : գարուն (ga-run) : printemps · ձյուն (dzyun) : neige · սառել (sa-rrel) : se refroidir, geler · քամի (k'a-mi) : vent

8. Chinar Es : « Tu es un platane »

«Չինար ես» (chi-nar es) est une courte chanson d'amour du recueil de Komitas, publiée dans son arrangement vers 1905. La chanteuse compare l'être aimé à un platane grand et gracieux, et l'implore : «Չինար ես, կեռանալ մի», « Tu es un platane, ne te courbe pas ». Autrement dit : ne perds pas ta fierté, et ne t'en va pas.

Dans le texte le plus souvent chanté, les couplets passent de la supplication au chagrin. Ne t'éloigne pas de notre porte ; tu es loin, alors ne m'oublie pas ; la porte de ton jardin est ouverte, mes pieds sont mouillés de rosée et mes yeux pleins de larmes. Dans le dernier couplet, la chanteuse rêve qu'on lui enlève l'être aimé. Le refrain yar, yar, yar traverse toute la chanson, et c'est une jeune femme qui chante.

Le point grammaire : մի (mi) sert à dire « ne… pas » dans une interdiction. En arménien standard, il se place avant le verbe, comme dans մի՛ գնա (mi gna, « ne pars pas »). Le vers populaire le place après le verbe, ce qui est typique des chansons et des dialectes.

Le savais-tu ? On retrouve la même image dans la poésie de Sayat-Nova, où la taille de l'être aimé est louée pour être élancée « comme un cyprès ou un platane ». Les grands arbres étaient un symbole classique de beauté dans les chansons d'amour de la région.

Écouter Chinar Es

Chinar Es, chanté par Isabel Bayrakdarian (Gomidas Songs)

Chinar Es, la soprano Hasmik Papyan avec l'Orchestre symphonique d'État d'Arménie

Mots à retenir : չինար (chi-nar) : platane · ծառ (tsarr) : arbre · դուռ (durr) : porte · հեռանալ (he-rra-nal) : s'en aller · մոռանալ (mo-rra-nal) : oublier

9. Sareri Hovin Mernem

«Սարերի հովին մեռնեմ» (sa-re-ri ho-vin mer-nem) signifie littéralement « Je mourrais pour la brise des montagnes ». Là encore, «մեռնեմ» exprime la tendresse et non un vœu à prendre au pied de la lettre :

Սարերի հովին մեռնեմ,
Իմ յարի բոյին մեռնեմ։

Sa-re-ri ho-vin mer-nem, / im ya-ri bo-yin mer-nem.

« Je mourrais pour la brise des montagnes, / je mourrais pour la haute silhouette de mon amour. »

Dans la version populaire, la chanteuse n'a pas vu l'être aimé depuis un an et « mourrait pour les yeux » qui l'ont vu en dernier. Elle reste figée, trop accablée de chagrin pour pleurer, portant un nom qu'elle ne peut pas prononcer à voix haute, et les rivières n'apportent plus aucune nouvelle.

Les paroles sont populaires, même si les recueils de chansons ne les attribuent pas tous de la même manière. La mélodie la plus répandue est attribuée à Hovhannes Badalyan (1924–2001), le ténor qui fut longtemps la voix principale des ensembles folkloriques de la Radio arménienne et qui a rendu la chanson célèbre. Il ne faut pas la confondre avec une chanson populaire plus ancienne au titre presque identique, que le compositeur Grikor Suni a arrangée et publiée en 1903. La version de Suni partage le premier distique, mais continue différemment, avec des couplets adressés à la lune.

Le point grammaire : սարերի = սար (« montagne ») + -եր (pluriel) + -ի (« de »). Trois briques dans un seul mot.

Le savais-tu ? Tu peux écouter les deux chansons ci-dessous. La première est la mélodie populaire, la seconde un enregistrement radiophonique de 1957 de l'arrangement plus ancien de Suni.

Écouter Sareri Hovin Mernem

Sareri Hovin Mernem, KOHAR avec les Stars of Armenia (en concert à Erevan)

Sareri Hovin Mernem (arrangement de Grikor Suni), chanté par Avag Petrosyan, 1957

10. Lorva Horovel, le chant de labour du Lori

Un horovel (հորովել, ho-ro-vel) est un chant de travail du laboureur, qu'on chante pour faire avancer les bœufs, et les garçons qui les menaient, pendant les longues heures aux champs. Les chanteurs improvisaient sur des phrases héritées de la tradition, mêlant de longs appels aux bêtes, des passages mélodiques et même des paroles de prière, si bien qu'un seul horovel pouvait devenir une vaste pièce en plusieurs parties. «Լոռվա հորովել», le horovel du Lori, région du nord, est le plus célèbre.

Komitas l'a noté dans le village de Vardablur, dans le Lori, et lui a consacré une étude, « Le chant de labour du Lori dans le style du village de Vardablur ». Il décrivait le labour comme un effort collectif : une lourde charrue tirée par de nombreux bœufs sous le joug, des garçons juchés sur les jougs, et un chant qui commence par une invocation à Dieu. Son arrangement pour chœur a transformé cette mélopée des champs en musique de concert. Tu le trouveras souvent sous le titre qu'il lui a lui-même donné, «Լոռու գութաներգ» (« Chant de labour du Lori »).

Comme Hov Arek, il a lui aussi conquis les salles de concert du monde entier, en tant que mouvement final des Armenian Dances, Part II d'Alfred Reed.

Le savais-tu ? Vardablur, le village où Komitas a recueilli la chanson, a inauguré en 2016 un monument dédié à la chanson et à Komitas.

Écouter Lorva Horovel

Komitas, Chant de labour du Lori, Chœur de chambre national d'Arménie

Lorva Horovel dans le style populaire, chanté par Shara Talyan

Mots à retenir : գութան (gu-t'an) : charrue · վարել (va-rel) : labourer · եզ (yez) : bœuf · հոտաղ (ho-tagh) : garçon de labour · դաշտ (dasht) : champ

11. Mokats Mirza : une ballade médiévale

«Մոկաց Միրզա» (mo-kats mir-za, « Mirza de Moks ») est une ballade médiévale de Moks, un district montagneux situé au sud du lac de Van. Komitas la qualifiait de chant épique héroïque. Quatre versions nous sont parvenues, toutes dans le dialecte local de Moks.

L'histoire est une tragédie. Une lettre arrive pour le prince Mirza ; il la lit, pâlit et fait seller son cheval pour se rendre dans la ville de Djezire. Là, le pacha qui l'a invité l'empoisonne pour lui prendre sa fiancée, Nazlukhan. Chaque couplet se termine par le refrain funèbre «Հազա՜ր ափսոս Մոկաց Միրզեն», « mille fois hélas pour Mokats Mirza ». Հազար ափսոս (ha-zar ap'-sos) reste une façon courante de dire en arménien « quel terrible gâchis ».

Musicalement, la ballade alterne passages récités, qui font avancer le récit, et longues lignes chantées très ornementées, le style typique des chanteurs épiques arméniens. Ses tournures mélodiques sont apparentées aux mélodies de l'épopée David de Sassoun et aux anciens chants d'église.

Le savais-tu ? L'enregistrement de Mokats Mirza par Komitas lui-même nous est parvenu. On le date généralement de ses séances parisiennes de 1912, et c'est l'une des rares occasions de l'entendre chanter.

Écouter Mokats Mirza

Mokats Mirza, chanté par Komitas

Mokats Mirza, chanté par Mavr Mkrtchyan (en concert à Erevan)

Mots à retenir : ուրբաթ (ur-bat') : vendredi · շաբաթ (sha-bat') : samedi · նամակ (na-mak) : lettre · ձի (dzi) : cheval · հազար ափսոս (ha-zar ap'-sos) : quel dommage

12. Sayat-Nova, le troubadour du XVIIIe siècle

Sayat-Nova (Սայաթ-Նովա), de son vrai nom Harutyun Sayatyan, n'était pas un chanteur de village, mais un achough (troubadour) à la cour du roi Héraclius II de Géorgie (Erekle II), à Tiflis. Il s'accompagnait au kamantcha, une vièle à archet, à laquelle il a même dédié un poème. Il composait en arménien, en géorgien et en azerbaïdjanais. Ordonné prêtre plus tard, il fut tué en 1795, lorsque l'armée d'Agha Mohammad Khan mit Tiflis à sac. Le sens de son nom de plume fait encore débat : on y lit notamment « roi du chant » ou « chasseur de chansons ».

L'une de ses chansons arméniennes les plus connues commence par «Աշխարհումս ախ չիմ քաշի» (ash-khar-hums akh chim k'a-shi), « Dans ce monde qui est le mien, je ne soupirerai pas ». C'est un poème d'amour en cinq strophes qui accumule les images. L'être aimé y est une coupe d'or remplie de l'eau d'immortalité, une tente de soie qui offre son ombre, un jardin neuf clos de roses autour duquel le poète tourne comme un rossignol. Chaque vers se termine par une variation sur la même formule, à peu près « tu es … pour moi ».

Elle est écrite dans l'ancien dialecte arménien de Tiflis : չիմ y remplace le standard չեմ (« je ne… pas »), et ախ քաշել (akh k'a-shel) signifie « soupirer, s'affliger ».

Le film culte de Sergueï Paradjanov La Couleur de la grenade est un portrait poétique de sa vie. Il s'intitulait à l'origine Sayat Nova et a été remonté et rebaptisé sur ordre de la censure soviétique.

Le savais-tu ? Sayat-Nova est enterré dans la cour de l'église arménienne Saint-Georges de Tbilissi. Depuis 1914, on s'y rassemble pour le Vardaton, une « fête des roses », en déposant des roses rouges sur sa tombe.

Écouter Sayat-Nova

Ashkharums Akh Chim Kashi, chanté par Mkhitar Avetisyan

Ashkharums Akh Chim Kashi, chanté par Araksia Gyulzadyan, 1974

13. Oror : la berceuse arménienne

Chaque région arménienne avait ses propres berceuses. Le mot qui les désigne varie d'un endroit à l'autre : oror, nani ou encore lorik. La répétition de oror imite le balancement du berceau, et le mot qui désigne le berceau lui-même, օրորոց (o-ro-rots), en est issu. Les berceuses villageoises étaient surtout chantées par des femmes et, en plus d'apaiser le bébé, elles portaient souvent les inquiétudes de la mère : la nostalgie d'un mari parti travailler au loin, des prières à Dieu, à la Vierge Marie ou aux saints pour protéger l'enfant.

L'une des plus connues aujourd'hui est «Օրոր» (o-ror), du compositeur Barsegh Kanachyan (1885–1967). Il l'a écrite pour voix et piano alors qu'il enseignait à l'école Melkonian, à Chypre, à la fin des années 1920. Elle commence ainsi :

Քուն եղիր, բալաս, աչերդ խուփ արա…

K'un ye-ghir, ba-las, a-cherd khup a-ra…

« Dors, mon enfant, ferme les yeux… »

La mère demande à son enfant de dormir, et de la laisser dormir elle aussi, et prie la sainte Mère de Dieu d'apporter le sommeil à son petit, sur un refrain doucement berçant de oror et de nani.

Elle est en arménien occidental et regorge de mots que les parents utilisent encore : քուն (k'un, sommeil), բալաս (ba-las, « mon enfant », là encore avec le suffixe -ս pour « mon ») et աչք (achk', œil).

Le savais-tu ? Kanachyan a aussi arrangé la musique de «Մեր Հայրենիք» (« Notre patrie »), l'hymne national de l'Arménie.

Écouter Oror

Oror de Barsegh Kanachyan, Chœur de chambre d'État d'Erevan

Oror (Berceuse) de Barsegh Kanachyan, Hasmik Baghdasaryan-Dolukhanyan

Pourquoi tant de chansons anciennes sont en dialecte

Si tu as appris un peu d'arménien oriental standard, l'orthographe des chansons anciennes peut te sembler bizarre. C'est parce que la plupart étaient chantées dans des dialectes régionaux : ceux de Mouch, de Sassoun, de Van, du Lori, de Tiflis et d'ailleurs. Beaucoup de ces régions se trouvent en Arménie occidentale historique, dans l'est de la Turquie actuelle. Les rescapés du génocide ont emporté ces chansons en Arménie et dans le monde entier, si bien que les paroles gardent la trace de la façon dont on parlait là-bas.

La bonne nouvelle, c'est que ces différences suivent des schémas réguliers. -իմ à la place de -եմ, կու- ou կը devant les verbes, et des terminaisons -ի supplémentaires sur les pronoms reviennent sans cesse. Une fois que tu les auras repérés dans quelques chansons, tu les reconnaîtras partout. Pour voir en quoi les deux grandes branches de la langue diffèrent, lis notre guide arménien oriental ou arménien occidental.

L'UNESCO et le patrimoine musical arménien

Trois traditions arméniennes de musique et de danse sont inscrites sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO :

  • Le doudouk et sa musique (inscrit en 2008)
  • L'interprétation de l'épopée Les Enragés de Sassoun (2012)
  • Le Kochari, danse traditionnelle collective (2017)

Comment apprendre l'arménien grâce aux chants traditionnels

Les chansons sont l'un des meilleurs outils pour apprendre une langue. La mélodie fait retenir les mots, la répétition est déjà intégrée, et tu assimiles le rythme et la prononciation sans même t'en rendre compte. Voici une méthode simple qui fonctionne avec n'importe quelle chanson de cette liste :

  1. Commence par le titre. Chaque titre ci-dessus est une petite leçon à lui seul : Hov arek est un impératif pluriel, Antuni signifie « sans » + « maison », Sareri assemble trois briques.
  2. Lis les paroles à voix haute avant de chanter. L'orthographe arménienne est presque entièrement phonétique : dès que tu connais l'alphabet arménien, tu peux déchiffrer n'importe quel vers, même des mots que tu n'as jamais vus.
  3. Compare avec l'arménien standard. Fais une liste sur deux colonnes, comme le tableau de Zartir Lao plus haut : la forme de la chanson à gauche, la forme standard à droite.
  4. Vérifie la prononciation. Colle un vers dans notre outil gratuit de synthèse vocale en arménien pour l'entendre en arménien standard, puis chante-le en même temps que l'enregistrement.
  5. Tape-le. Recopier un couplet avec le clavier arménien permet à tes mains d'apprendre les lettres, elles aussi.
  6. Réutilise les mots. Ajoute յար, սիրտ, սար, տուն et ջան à tes révisions quotidiennes pour qu'ils restent gravés.

Mini-glossaire : 15 mots que tu entendras dans les chansons arméniennes anciennes

ArménienPrononciationSens
երգyergchanson, chant
պարpardanse
յարyarbien-aimé(e)
ջանjancher, chère
սիրտsirtcœur
սարsarmontagne
հովhovbrise fraîche
տունtunfoyer, maison
դարդdardpeine, chagrin
կռունկkrrunkgrue
գարունga-runprintemps
ձյունdzyunneige
քունk'unsommeil
աշխարհash-kharhmonde
մեռնեմ քեզmer-nem k'ezje mourrais pour toi (mot tendre)

Questions fréquentes

Quelles sont les chansons arméniennes anciennes les plus célèbres ?

Parmi les plus connues figurent Krunk, Dle Yaman, Hov Arek, Antuni et Garun a (toutes liées à Komitas), ainsi que Zartir Lao, Sareri Hovin Mernem et les chansons de Sayat-Nova. L'air de danse populaire le plus connu est Yarkhushta.

Que signifie « Yarkhushta » ?

Son origine est incertaine. Une explication courante associe le persan yar (« compagnon ») et khisht (« courte lance »), soit à peu près « compagnon de l'arme ». Yarkhushta est une danse guerrière de Sassoun dans laquelle les hommes frappent leurs paumes l'une contre l'autre, imitant le choc des armes.

Yarkhushta est-il une chanson ou une danse ?

Avant tout une danse. Elle s'exécute sur une musique de dhol et de zurna et s'accompagnait traditionnellement d'un court cri de guerre scandé. Les interprétations modernes sont généralement instrumentales.

Que veut dire « Zartir Lao » en français ?

« Réveille-toi, mon fils. » Զարթիր signifie « réveille-toi », et լաո est un mot dialectal emprunté au kurde, qui sert à s'adresser à un fils. Le chant date des années 1890 et il est attribué au ménestrel populaire Fahrat.

Qui était Komitas ?

Komitas (1869–1935) était un prêtre, compositeur et ethnomusicologue arménien. Il a recueilli des milliers de chansons populaires arméniennes, il est considéré comme le fondateur de l'ethnomusicologie arménienne et il a survécu aux déportations de 1915. L'UNESCO a inscrit l'ensemble de ses œuvres au registre Mémoire du monde en 2023.

Les chansons arméniennes anciennes sont-elles en arménien oriental ou occidental ?

Les deux, et souvent dans un dialecte local. Krunk et Oror présentent des traits de l'arménien occidental, Garun a et Hov Arek sont proches de l'arménien oriental familier, et Zartir Lao emploie des formes du dialecte de Mouch.

Peut-on apprendre l'arménien en écoutant des chansons ?

Les chansons sont un excellent complément. Elles enrichissent le vocabulaire, travaillent le rythme et la prononciation, et entretiennent la motivation. Associe-les à des cours structurés pour comprendre la grammaire qui se cache derrière les paroles. Tu peux commencer à apprendre l'arménien en ligne gratuitement avec Haylingua.

Que la musique continue

Chacune de ces chansons a survécu grâce à des gens qui refusaient que leur langue tombe dans l'oubli. En apprendre ne serait-ce que quelques vers, c'est une petite façon de les rejoindre. Si tu débutes, commence par l'alphabet arménien pour pouvoir lire les paroles toi-même, puis découvre si l'arménien est vraiment difficile à apprendre. C'est plus accessible qu'il n'y paraît.

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